L'Art dans le ruisseau
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Martine TROUIS

Peintre
Vit et travaille dans l’Hérault

Verticales éprouvées,
Martine Trouïs possède cette rare singularité, plus rare que l’on ne pense, de nous donner à penser que chaque avancée de son travail n’a de sens, ne se comprend vraiment que si l’on a à l’esprit que ce sont là des images, en situations et revendiquées comme telles.
Quelles sont donc ces situations productrices d’images ? Elle seule pourrait peut être en dire l’origine mais l’anecdote en ce domaine serait dérisoire. Que cela lui vienne d’images survivantes venues de ses environnements (rêves et fantômes à la fois,) ou encore blocs d’intensités subjectives en éternel retour, peu importe au fond. L’essentiel c’est qu’elle travaille en conscience de cet ego qui, disait Motherwell, pousse confusément,
inconsciemment à maintenir, réinventer, et où « Chaque trait de pinceau se décide au moment de son exécution » pour conforter, valider une nécessité sur laquelle veille l’artiste, car il lui faut faire vivre et assumer un référent s’imposant à soi et aux autres par nature et conviction.
Aussi si l’on connaît un peu l’ensemble de ses travaux, il va de soi que,
pour Martine Trouïs la Verticalité s’imposait, et qu’elle n’a jamais cessé de la servir. Tout simplement parce que les images qu’elle en a retenu et nous offre sont une affirmation,une quête, un retour incessant à la nécessité de se dresser, d’être debout. Il y a là une  éthique personnelle et un appel qui construisent une vie.Songeons-y ! Evoquons de très antiques mémoires: Une main s’appuie sur une paroi de roches dans la pénombre d’une grotte,bientôt elle suivra une faille, une fissure. La main s’élèvera par ce toucher, et dessinera un geste montant, une figure abstraite, verticale, qui dément un contexte horizontal celui quotidien de la chasse et de l’animalité. Et si la faille manque, il est possible en usant de la cendre, ou d’une terre colorée, d’en faire une imitation, une représentation.
C’est fait et, désormais, la main aura défini et pour toujours le mouvement par lequel l’homme se reconnaît et s’impose un destin, les signes et les codes suivront, forts ou vacillants. Pour le meilleur et, hélas trop souvent, le pire des mondes.
Aussi faut-il devant la série qu’elle propose aujourd’hui, prendre la mesure dans ces toiles d’une sorte d’affirmation tendue et vigilante du noir. Dans une intervention sur l’œuvre de Soulages, Alain Badiou remarquait que probablement «  les premiers artistes sont allés s’enfouir dans la grotte pour peindre dans le noir, avec le noir ». Et il y a, dans le travail actuel de Martine Trouïs, l’affirmation réconfortante de ce qu’il est toujours possible, même si l’on s’en tenait aux traits fragiles issus de cendres, de poursuivre l’affirmation de verticalité, et par le noir associé, d’appeler à retourner contre ceux qui la servent, l’obscurité dont nous sommes menacés.Daniel Bégard. Avril 2013.